Décès de l’artiste algérienne Baya Bouzar, connue sous le nom de scène Biyouna. Figure majeure du cinéma algérien ainsi que de la scène artistique nationale et internationale, elle nous a quittés ce mardi 25 novembre 2025 à l’âge de 73 ans.

C’est avec une immense émotion que nous apprenons la disparition de Biyouna, figure lumineuse et indomptable de la scène artistique algérienne et internationale. « Gainsbarre algérienne », « Arletty algérienne »… Les surnoms ne manquaient pas pour tenter de saisir ce talent aux mille facettes. Actrice, chanteuse, danseuse, humoriste, artiste visionnaire, elle incarnait à elle seule un art total, viscéral, où se mêlaient liberté, audace et vérité.

Pleine de vie, elle savait, mieux que personne, faire éclater le rire et cueillir les larmes. J’ai eu le plaisir de la rencontrer avec l’équipe du tournage du film À mon âge, je me cache pour fumer, avec l’actrice Nadia Kaci et mon amie Soraya, au Festival du Film d’Amour de Mons, le 15 février 2017. Nous avions passé une soirée exceptionnelle, rythmée par sa danse et son chant. Une présence, une chaleur, une générosité rare.

Biyouna avait cette grâce farouche de ceux qui ne trichent jamais. Elle ne se considérait pas comme une star, mais comme « une mère, une sœur » pour tous ceux qui la suivaient. Féministe, esprit frondeur, elle maniait la provocation comme une arme douce et nécessaire. Franche et entière, elle portait l’Algérie en étendard, comme une certitude intime et indéracinable.

Une personnalité que j’apprécie profondément, dans laquelle je peux me reconnaître : dans ses positions, sa posture, son franc-parler, ses engagements. Elle incarnait avec force ce que tant d’entre nous ressentent sans toujours oser le dire.

Elle laisse derrière elle une œuvre immense, faite de films, de séries et d’entretiens inoubliables. Parmi eux, son passage dans On n’est pas couché, où son humour et son patriotisme formaient une seule et même voix. À Ruquier qui évoquait les « moments difficiles » en Algérie, elle répondait tout simplement :
« J’ai toujours vu des moments difficiles… Mais hamdoullah, l’Algérie était dans un coma, maintenant elle est en convalescence. On commence à guérir. »

Durant la décennie noire, elle n’a jamais quitté l’Algérie, alors que tant d’autres prenaient la route de l’exil pour fuir les menaces du FIS et des groupes islamistes. Elle était restée au pays car, pour elle, le peuple l’avait soutenue ; elle se devait donc de rester. « Ils ont voulu tuer la culture… c’est la Culture qui les a tués », disait-elle, toujours dans ce même entretien.

Trop souvent perçue comme fantasque ou excessive, elle était en réalité une femme visionnaire, d’une lucidité remarquable. Et dans un éclat de vérité que l’actualité ne cesse de confirmer, elle lança :
« Écoutez, Monsieur Ruquier : l’Algérie et la France, c’est une histoire d’amour et de haine, et on ne se quittera jamais. On en discutera dans une autre vie ! Quand la caravane passe, les chiens… ils font ce qu’ils font ! »

Des propos d’une actualité troublante, alors que l’Algérie et sa diaspora sont aujourd’hui victimes d’un Algérian bashing inquiétant.

Biyouna appartient désormais à cette constellation rare d’artistes qui ne disparaîtront jamais. À l’image de notre doyenne du Raï, Cheikha Rimitti, rebelle, singulière, souvent controversée, elle continuera de vibrer en nous. Non pas comme une ombre du passé, mais comme une voix indomptable qui traversera les générations.

À sa famille, à ses proches, à tous les publics confondus, j’adresse mes pensées les plus profondes et mes condoléances les plus sincères.

Ghezala,

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